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05/04/2010

Marque Page George Spad

Comme nous l'avons déjà indiqué à plusieurs reprises sur ce site, George Spad est devenue un personnage de fiction dans la série de bande dessinée La Brigade Chimérique (voir une vidéo de présentation de cette série), directement inspirée des oeuvres mythiques de notre auteur.

Parmi les différents objets promotionnels produits par les éditions L'Atalante, nous signalons un très beau marque page inséré dans le premier volume publié en 2009:

 

marque page brigade chimérique.jpg


Les deux nouveaux épisodes "Politique internationale" et "H-A-V- Russie" viennent de paraître le 26 mars 2010. Nous y retrouvons George Spad en véritable graphomane. Deux photographies de George SPad nous sont connues, vous pouvez les voir dans un article publié il y a quelques mois sur ce site (voir l'article et les photographies). L'aspect "garçon" est beaucoup moins évident sur les photographies historiques (notamment vers 1937-1938 à la date où la fiction se déroule) et la proximité avec André Breton est sans doute fort abusive.

Même si la fiction s'écarte de la réalité, nous ne boudons pas notre plaisir à la lecture de cette série, sélectionnée pour le Grand Prix de l'Imaginaire 2010 qui sera remis en mai au cours du festival Etonnants Voyageurs.

21:10 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : litterature, george spad, brigade chimérique |

20/12/2009

L'Homme Chimérique: aux origines du titre

Analyse du titre

Plusieurs hypothèses ont été émises concernant le titre L’Homme chimérique. Le choix du titre d’un ouvrage doit rarement au hasard. Qui choisit L’Homme chimérique ? La réponse définitive à cette question reste pour le moment en suspens. Est-ce un titre d’origine auctoriale ? éditoriale ? Nul ne peut le dire dans l’état actuel des recherches.

Origines possibles

L’expression L’Homme chimérique apparaît dans plusieurs œuvres du XIXe siècle et du début du XXe siècle.

Dans Actes et paroles - Pendant l’exil – ce que c’est que l’exil, Victor Hugo explique ce qu’est un proscrit : « Le proscrit est un homme chimérique. Soit. C’est un voyant aveugle ; voyant du côté de l’absolu, aveugle du côté du relatif. Il fait de bonne philosophie et de mauvaise politique. Si on l’écoutait, on irait aux abîmes. Ses conseils sont des conseils d’honnêteté et de perdition. Les principes lui donnent raison, mais les faits lui donnent tort. »

Dans « Le mandarin », recueilli dans les Contes à dormir debout, Auguste Vitu utilise aussi cette expression comme en témoigne cette citation :

« Supposez un mandarin de la Chine, un homme qui vit à trois mille lieues de vous, dans un pays fabuleux, un homme que vous ne verrez jamais; supposez encore que la mort de ce mandarin, de cet homme chimérique doive vous rendre riche à millions , et qu'il vous suffise de lever le doigt , chez vous, en France, pour qu'il meure, sans que jamais personne puisse vous inquiéter, dites, que feriez-vous ? » (Auguste Vitu, "Le mandarin", in Contes à dormir debout, édition Librairie Hachette et Cie, 1860, p. 7)

Enfin, dans les ouvrages de références, signalons l’article « chimérique » du Littré dont nous reproduisons intégralement :

(chi-mé-ri-k') adj. 1°Qui se repaît de chimères. Un homme chimérique. Enflant d'un vain orgueil son esprit chimérique, BOILEAU, Art poét. III. Bouillon était l'homme le plus chimérique qui ait vécu en nos jours, et le plus susceptible des chimères les plus folles en faveur de sa vanité, SAINT-SIMON, 45, 17. Qui l'aurait dit eût passé pour le plus chimérique des hommes, VOLT. [ie Volatire] Hist. Russ. I, 6. Le roi, après la conversation [avec Fénelon], dit qu'il avait entretenu le plus bel esprit et le plus chimérique de son royaume, VOLT Louis XIV, 38. 2°Qui est sans réalité. Toutes les raisons qu'il apporte sont chimériques. Esclave ambitieux d'une peur chimérique, CORN. [ie Corneille] Poly. V, 6. Étant de ces gens-là qui sur les animaux Se font un chimérique empire, LA FONT. (ie La Fontaine) Fabl. VII, 1. On donne, dans un spectacle profane, des larmes aux aventures chimériques d'un personnage de théâtre, MASS. [ie Jean-Baptiste Massillon] Car. Aumône. L'art de faire subsister ensemble l'intempérance et la santé est un art aussi chimérique que la pierre philosophale, VOLT. Zadig, 18.

Etymologie

Chimère

21:47 Publié dans Articles & essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litterature, homme chimérique |

02/11/2009

Les Pirates du Radium

Les Pirates du Radium est une série de six fascicules publiée aux Editions Louis Querelle entre septembre 1924 et février 1925 sous le pseudonyme de George Spadd (avec deux "d"). A notre connaissance, aucune collection complète n'a été rassemblée. Si la série se présente comme une suite à L'Homme chimérique, les ruptures thématiques et stylistiques sont nombreuses. Les Pirates du Radium visent une clientèle plus jeune et, de ce fait, la profondeur psychologique des personnages s'affaisse dans une puérilité qui est souvent la caractéristique de ce type de littérature fasciculaire. Pourtant, il en reste quelques bonnes idées qui vaudront aux six fascicules d'être réédités dans le même volume que L'Homme Chimérique sous le nouveau titre La Brigade Chimérique (la pratique de la réintitulation était courante) aux éditions Louis Querelle en 1934.

A la fin de ce volume est insérée l'annonce d'une suite:

Dans l’Europe en état de guerre civile larvaire, une nouvelle génération de surhommes travaille au contrôle des foules. A l’est, l’organisation qui se fait appeler “Nous Autres” ne se cache plus derrière le gouvernement des Soviets. Au sud, l’archimilliardaire Gog domine la Mediterranée. Mais c’est au centre que se dresse le plus grand ennemi de la liberté, le maître du crime légal et de l’hypnose de masse. MABUSE ! Ce nom seul fait trembler et gémir sur tout le continent… Sauf à Paris. Dans les salles secrètes de l’Institut du Radium, la risposte se prépare. Réservez dès maintenant auprès de votre libraire “La Brigade Chimérique contre Mabuse”

Malheureusement, pour des raisons très obscures, La Brigade Chimérique contre Mabuse ne parut jamais.

23:25 Publié dans Oeuvres littéraires 2. Roman populaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litterature, george spad |

26/10/2009

L'Homme chimérique par George Spad (1919)

En 2006, Serge Lehman publiait Chasseurs de Chimères aux éditions Omnibus. Les oeuvres qui constituent cette anthologie rappellent que la science-fiction française (appelée alors merveilleux scientifique, anticipation,...) précéda celle d'outre-Atlantique. Jean de la Hire, Maurice Renard, Michel Epuy, Jean d'Esme et bien d'autres s'illustrèrent dans ce genre qui n'avait pas encore été baptisé par Hugo Gernsback. Serge Lehman consulta plusieurs érudits dans le domaine de la science-fiction française ancienne. Guy Costes et Jospeh Altairac (par ailleurs auteurs d'une magistrale bibliographie consacrée aux terres creuses*) , signalèrent une somme considérable d'écrits. On recense en effet plus de 3.000 textes écrits entre 1874 et 1950 (sans doute beaucoup plus si l'on tient compte des contes, nouvelles et novellas disséminés dans les très nombreux périodiques de l'époque) relevant de ce qu'il semble tout indiqué d'appeler la science-fiction française. Parmi eux, quelques oeuvres signées George Spad. Le meilleur y cotoie le plus fade mais là n'est pas la question. N'empêche que lors de la collation des textes pour Chasseurs de chimères puis de la création de la bande dessinée La Brigade chimérique, Serge Lehman s'est souvenu de cette obscure oeuvre (l'adjectif mythique s'imposerait peut-être) signée George Spad, les titres en témoignent.

Serge Lehman ne retint pas à l'époque L'Homme chimérique (comme bien d'autres textes d'ailleurs). Il nous propose aujourd'hui un résumé de cette oeuvre. Nous l'accompagnons d'une reproduction de la couverture de la rare édition originale de mai 1919 publiée par les éditions Louis Querelle.



Le premier roman de George Spad, L’homme chimérique, est paru en mai 1919 aux éditions Louis Querelle. Comme bien d’autres textes de SF à la même époque – L’énigme de Givreuse, de J.-H. Rosny, Le maître de la force de Léon Baranger ou L’homme truqué de Maurice Renard – c’est une œuvre grave qui témoigne du traumatisme que la Grande Guerre a infligé à l’imaginaire européen.

Le livre s’ouvre à la fin de l’année 1917, quand le lieutenant Jean Brun de Séverac, un médecin militaire de vingt-cinq ans, arrive dans la tranchée Victoire, près d’Arras. Très vite, il fait preuve de qualités hors du commun : combattant farouche durant les assauts, il soigne indistinctement les blessés français et allemands ; fier de ses origines aristocratiques, il refuse tout privilège pour partager le sort des simples soldats ; catholique mais philosémite, il croit au progrès (en particulier médical) et, pendant les bombardements, poursuit dans sa casemate ses recherches personnelles sur la transfusion sanguine. « En lui », écrit George Spad, « se réconciliaient les tensions contraires que 1789 avait nouées sur tout le continent, la nation et la civilisation, la science et la foi, la transparence des Lumières et le vertige romantique de l’Abîme. »

spad homme chimerique querelle 1919.jpgCette aptitude vaut à Séverac la confiance de ses hommes, l’amitié d’un confrère – le sous-lieutenant Didier, lui aussi médecin – et l’amour d’une infirmière volontaire, anglaise, très belle, nommée Patricia Owens. Amour partagé mais l’histoire tourne court : pendant l’hiver 1918, Patricia meurt de tuberculose et Séverac, qui n’a pas eu le temps de se déclarer, plonge à corps perdu dans ses recherches pour oublier la douleur. (« Pendant un instant d’épouvante, il sentit qu’aucune réalisation concrète, aucune découverte, aucune vie sauvée ne pourrait racheter le paysage de néant qu’il devinait derrière toute chose mais dès qu’il se mit au travail, un grand calme l’envahit. L’éternité n’était pas du domaine de la preuve. ») Le travail, la recherche, Séverac y est d’ailleurs incité par l’arrivée dans la tranchée Victoire d’une autre femme, le docteur Maryse Curien, qui lui fournit l’équipement nécessaire à la création d’une unité de radiologie (il s’agit évidemment d’un hommage à Marie Curie, double Prix Nobel de physique et de chimie en 1903 et 1911, fondatrice de l’Institut du Radium en 1909, qui se rendit en personne sur le front, avec sa fille Irène âgée de dix-huit ans, pour réaliser des radiographies de blessés et former des radiologistes).

Tout bascule dans la nuit du 16 au 17 février 1918. Alors que Séverac est retranché dans sa casemate au milieu des flacons de serum et des projecteurs de rayons X, la tranchée Victoire essuie une attaque au gaz dévastatrice. Au matin, tandis que les nappes léthales se dissipent et que les morts se comptent, la porte de la casemate reste fermée. Didier l’enfonce et plonge dans une ombre si dense qu’elle lui paraît « vivante. ». Quand il retrouve la vue, c’est pour découvrir quatre personnages inanimés mais vivants, baignés par un nuage de vapeur luminescente : « un adolescent aux yeux clairs, un géant brun, barbu et chevelu comme Roland à Ronceveaux, un homme sans âge, chauve, d’une maigreur de squelette et une femme qui ressemblait beaucoup à Patricia Owens. » Quant à Séverac, il n’est « visible nulle part. »

A ce stade, l’intrigue de L’homme chimérique avoue sa ressemblance avec celle de L’énigme de Givreuse, l’un des romans les moins connus de J.-H. Rosny (l’auteur de La guerre du feu), publié deux ans plus tôt chez Flammarion. Dans ce roman, également situé pendant la guerre, un soldat français perdu entre les lignes, Pierre de Givreuse, interfère malgré lui avec une expérience de « bipartition moléculaire » menée en secret par un certain docteur Grantaigle et se retrouve scindé en deux corps identiques, tous deux amnésiques. Mais là où Rosny se concentre sur les difficultés du retour à la vie civile des Givreuse et fait de son livre une méditation sur la mémoire, George Spad tire le sien dans une direction plus énigmatique.

D’abord, il reste dans les tranchées où la quadripartition de Séverac est perçue, par les soldats, « comme un miracle » (renforcé par la résurrection apparente de Patricia Owens). Et si les quatre personnages qui ont remplacé Séverac – les « Chimériques » ainsi qu’on ne va pas tarder à les nommer – ont eux aussi perdu la mémoire, ils reçoivent avec la vénération des troupes l’aptitude à remplir séparément les fonctions que Séverac exerçait seul : le géant, surnommé « le Baron Brun » à cause de ses manières aristocratiques, fait preuve d’une audace et d’une fougue incomparables pendant les combats ; celle en qui tout le monde reconnaît « miss Patricia » prodigue soins et réconfort avec une efficacité surnaturelle ; aidé par le sous-lieutenant Didier, l’homme chauve reprend les expériences de Séverac sur la transfusion et sauve de nombreux blessés, ce qui lui vaut d’être qualifié de « maître du serum » ; quant à l’adolescent aux yeux clairs, il endosse le rôle de conscience morale de la tranchée : « Il était partout à la fois, à l’avant dans les patrouilles de reconnaissance, au milieu des lignes durant les assauts, avec les officiers pendant la préparation des offensives, veillant sur le moral des hommes comme sur leur repos. Il ne semblait connaître aucune de ces formes atténuées de la peur que sont l’hésitation et les doutes, ni la peur elle-même. Il savait pour quoi il était là et quand les autres hommes l’oubliaient, il leur suffisait de le voir ou l’entendre pour retrouver courage. A la fin, ils se battaient pour lui, pour l’image idéale d’eux-mêmes qu’ils voyaient en lui, celle d’un soldat sans nom venu du fond des temps les faire entrer dans la légende. » La tranchée Victoire baigne dans une atmosphère de prodige, comme les troupes anglaises guidées par les Anges de Mons dans la nouvelle d’Arthur Machen, Les archers.

C’est le moment où Maryse Curien fait son retour. Fascinée par la quadripartition de Séverac, elle visite la casemate fatidique avec Didier et émet l’hypothèse « d’un enchaînement de causes sans doute impossible à reconstituer en détails. L’ébranlement du local a brisé certains flacons de serum. Les gaz allemands se sont infiltrés. Si, au même instant, le lieutenant Séverac se trouvait sous le projecteur à rayons X, il est possible que ces facteurs combinés aient permis un tel prodige. Mais combinés comment ? Dans quel ordre ? Quelles proportions ? Cela, monsieur, je crains que nous restions longtemps à l’ignorer. » Maryse Curien procède aussi à des expériences sur le Baron, Serum et les autres et conclut, après examen radiologique, « que ces personnages sont construits sur un tout autre schéma que nous ; ils ne possèdent ni squelette, ni système nerveux ou sanguin bien qu’ils imitent, dans leur allure extérieure, les formes que ces structures ont imposées à l’homme. Leur corps, qui doit être considéré comme un seul organe, est constitué d’une substance en nid d’abeille sur laquelle la volonté agit sans relai, par diffusion instantanée. Techniquement, ce ne sont pas des êtres humains mais des formes matérialisées, des idées plongées dans l’espace – des chimères. »

Au cours des dernières semaines de la guerre, la situation se dégrade. La tranchée Victoire subit des attaques d’une violence extrême. Des dissensions se font jour entre le Baron Brun et le soldat sans nom sur le traitement des prisonniers (certains sont lynchés). Le Baron, dont la pilosité et la dentition prennent des proportions remarquables, réclame de l’ordre et des réponses à la sauvagerie allemande ; il s’entoure d’une garde prétorienne de soldats avides d’action. “Patricia Owens” sème le trouble en passant de l’aide médicale à l’emprise sexuelle, et fait surgir de nulle part des fruits et des fleurs dont elle couvre les soldats. Serum obtient du Baron un contingent de prisonniers allemands sur lesquels il se livre à des expériences inhumaines. Le soldat sans nom, dépossédé de son pouvoir d’arbitrage, se réfugie dans la mélancolie. « Ensemble, se disait Didier, ils avaient formé la meilleure brigade qu’eût jamais connue l’infanterie française mais ce temps était révolu. Le poids écrasant de la mort et l’horreur des combats avaient rompu le lien qui soumettait ces êtres au jugement d’un arbitre humain ; ils jugeait désormais selon leurs termes propres, qui étaient ceux du rêve, de l’idéal impossible à assouvir. Pour les réconcilier – pour reconstituer Séverac – il aurait fallu la science d’un Charcot, d’un Freud ou d’un Jung. Mais la tranchée Victoire n’avait que des miasmes et des éclats d’obus à offrir, des nuits de tonnerre sans fin où le visage grimaçant des morts, le foudroiement des explosions et le grouillement des rats anéantissaient jusqu’au souvenir de la parole.»

Dans les dernières pages du roman, la tranchée Victoire bascule dans une sorte de guerre civile en réduction entre les Chimériques, tandis que s’abat un déluge de feu allemand. Didier s’en sort par miracle avec un petit groupe de soldats restés lucides. Juste avant d’opérer son repli vers l’arrière, il observe le champ de bataille et aperçoit, sous un tapis de brume verdâtre, des formes indécises : un ours debout, un squelette en marche, une femme-fleur maléfique, un soldat pétrifié… « Puis une grande ombre les engloutit tous et Didier sut que c’était la fin.»

 

*Guy Costes, Joseph Altairac, Les Terres creuses : Bibliographie commentée des mondes souterrains imaginaires, Encrage/Les Belles Lettres, coll. «Interface», Paris, 2006, 800 p

07/10/2009

La rupture entre les surréalistes et George Spad

Comme René Daumal, Antonin Artaud, Louis Aragon,  George Spad eut des démêlés avec le "Pape du surréalisme"  André Breton comme plus tard Salavador Dali ou Simon Hantaï.

Aux yeux d'André Breton, George Spad eut l'inconséquence d'accepter de se faire la biographe de Léo Saint-Clair dit "le Nyctalope". C'est en tout cas ce que l'on peut lire dans la bande dessinée La Brigade Chimérique de Serge Lehman, Fabrice Colin, Gess et Céline Bessonneau. Evidemment, nous sommes alors du côté de la fiction et, au risque de chagriner quelques esprits, il convient de rétablir la vérité.

Dans son ouvrage biographique Recuerdos del surrealismo (réédité par les éditions El Tucan de Virginia en 1997 avec une préface de Lourdès Andrade, p. 118), Racine Alfonzo rapporte l'incident dont il fut témoin entre Geroge Spad et André Breton lors de l'exposition internationale du surréalisme de 1938: la première souhaitait rendre une somme d'argent empruntée à André Breton pendant l'été 1937. Celui-ci refusa au motif que cet argent sentait "la muerte del espíritu".

Ce n'est pas la fréquentation de la littérature populaire qui gênait Breton - on le sait les surréalistes furent friands Croix du sang jean de la hire.jpgdeu grand roman en trente-deux épisodes Fantômas ou encore des fameux italiques de Gaston Leroux - mais son acceptation d'un contrat (plutôt confortable) avec l'éditeur Louis Querelle pour la rédaction d'un épisode de la série Le Nyctalope de Jean de la Hire.

Si dans la bande dessinée, Léo Saint-Clair (le Nyctalope) est décrit comme un être de chair et de sang, il faut y voir une allusion des auteurs à des pratiques de Jean de La Hire. Non seulement il réutilisait sans vergogne des pages entières de ses propres oeuvres pour pouvoir en produire rapidement d'autres (c'est le cas pour ce qui concerne les différentes séries "scoutes") et ainsi s'assurer de substantiels revenus, mais il usait aussi de collaborateurs, des nègres littéraires, quand le temps ou l'inspiration lui faisait défaut.

Pour voir paraître cette aventure du Nyctalope, ce sont pas moins de cinq ans qui s'écoulent après la précédente (La Croisière du Nyctalope, 1936). Jean de la Hire avait intimé l'ordre à Louis Querelle de changer d'illustrateur et à George Spad de réviser sa copie.

 


L'épisode parut finalement en 1941 sous le titre La Croix du sang aux Editions R. Simon (illustration ci-dessus) sous la seule signature de Jean de la Hire (sans déterminant sur la couverture). Notons la réédition en 1954 aux Editions d'Hauteville sous ce même titre (avec le déterminant sur la couverture cette fois) La Croix du sang avec une superbe illustration  (voir ci-dessous) de René Brantonne (qui dessina nombre de la hire la croix du sang jaeger.jpgcouvertures pour la collection "Anticipation" chez Fleuve Noir),  alors que George Spad avait intitulé le manuscrit Le Nyctalope contre tous les périls (le titre est moranien à souhait, Henri Vernes s'en souviendra comme il donnera comme caractéristique à son célèbre aventurier d'être lui aussi nyctalope). Il est amusant de constater que le volume est précédé d'une étude sur le roman littéraire et le roman populaire par Marcel de Bare qui semble être... Jean de la Hire lui-même. Rendons tout de même justice à La Hire: l'ouvrage a été profondément remanié avant publication, nous sommes plus face à un co-autoriat qu'à un pur travail de nègre littéraire.

Le procès de Breton porte moins sur le genre littéraire que sur le fond de l'oeuvre: le Nyctalope est un personnage dans lequel Jean de La Hire investit peu à peu un esprit cocardier qui n'est pas du goût des surréalistes. Ils n'avaient peut-être pas tort vu le destin de Jean de la Hire pendant l'Occupation allemande...

 


Jean Breuil

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