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07/10/2009

La rupture entre les surréalistes et George Spad

Comme René Daumal, Antonin Artaud, Louis Aragon,  George Spad eut des démêlés avec le "Pape du surréalisme"  André Breton comme plus tard Salavador Dali ou Simon Hantaï.

Aux yeux d'André Breton, George Spad eut l'inconséquence d'accepter de se faire la biographe de Léo Saint-Clair dit "le Nyctalope". C'est en tout cas ce que l'on peut lire dans la bande dessinée La Brigade Chimérique de Serge Lehman, Fabrice Colin, Gess et Céline Bessonneau. Evidemment, nous sommes alors du côté de la fiction et, au risque de chagriner quelques esprits, il convient de rétablir la vérité.

Dans son ouvrage biographique Recuerdos del surrealismo (réédité par les éditions El Tucan de Virginia en 1997 avec une préface de Lourdès Andrade, p. 118), Racine Alfonzo rapporte l'incident dont il fut témoin entre Geroge Spad et André Breton lors de l'exposition internationale du surréalisme de 1938: la première souhaitait rendre une somme d'argent empruntée à André Breton pendant l'été 1937. Celui-ci refusa au motif que cet argent sentait "la muerte del espíritu".

Ce n'est pas la fréquentation de la littérature populaire qui gênait Breton - on le sait les surréalistes furent friands Croix du sang jean de la hire.jpgdeu grand roman en trente-deux épisodes Fantômas ou encore des fameux italiques de Gaston Leroux - mais son acceptation d'un contrat (plutôt confortable) avec l'éditeur Louis Querelle pour la rédaction d'un épisode de la série Le Nyctalope de Jean de la Hire.

Si dans la bande dessinée, Léo Saint-Clair (le Nyctalope) est décrit comme un être de chair et de sang, il faut y voir une allusion des auteurs à des pratiques de Jean de La Hire. Non seulement il réutilisait sans vergogne des pages entières de ses propres oeuvres pour pouvoir en produire rapidement d'autres (c'est le cas pour ce qui concerne les différentes séries "scoutes") et ainsi s'assurer de substantiels revenus, mais il usait aussi de collaborateurs, des nègres littéraires, quand le temps ou l'inspiration lui faisait défaut.

Pour voir paraître cette aventure du Nyctalope, ce sont pas moins de cinq ans qui s'écoulent après la précédente (La Croisière du Nyctalope, 1936). Jean de la Hire avait intimé l'ordre à Louis Querelle de changer d'illustrateur et à George Spad de réviser sa copie.

 


L'épisode parut finalement en 1941 sous le titre La Croix du sang aux Editions R. Simon (illustration ci-dessus) sous la seule signature de Jean de la Hire (sans déterminant sur la couverture). Notons la réédition en 1954 aux Editions d'Hauteville sous ce même titre (avec le déterminant sur la couverture cette fois) La Croix du sang avec une superbe illustration  (voir ci-dessous) de René Brantonne (qui dessina nombre de la hire la croix du sang jaeger.jpgcouvertures pour la collection "Anticipation" chez Fleuve Noir),  alors que George Spad avait intitulé le manuscrit Le Nyctalope contre tous les périls (le titre est moranien à souhait, Henri Vernes s'en souviendra comme il donnera comme caractéristique à son célèbre aventurier d'être lui aussi nyctalope). Il est amusant de constater que le volume est précédé d'une étude sur le roman littéraire et le roman populaire par Marcel de Bare qui semble être... Jean de la Hire lui-même. Rendons tout de même justice à La Hire: l'ouvrage a été profondément remanié avant publication, nous sommes plus face à un co-autoriat qu'à un pur travail de nègre littéraire.

Le procès de Breton porte moins sur le genre littéraire que sur le fond de l'oeuvre: le Nyctalope est un personnage dans lequel Jean de La Hire investit peu à peu un esprit cocardier qui n'est pas du goût des surréalistes. Ils n'avaient peut-être pas tort vu le destin de Jean de la Hire pendant l'Occupation allemande...

 


Jean Breuil

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17:55 Publié dans Articles & essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litterature, george spad, surrealisme |

06/10/2009

Poèmes retrouvés (1)

exposition internationale du surréalisme.jpgGeorge Spad fréquenta les surréalistes et utilisa l’écriture automatique à plusieurs reprises. En témoignent quelques passages de ses œuvres romanesques populaires mais aussi des œuvres surréalistes que seule la puissance de l’inconscient était à même de faire jaillir. Si André Breton se détourna du mode d’écriture automatique en 1922, il présente assez longuement l’écriture automatique dans la premier Manifeste du surréalisme (1924). George Spad n'y fut pas insensible

Plusieurs poèmes et fragments poétiques de George Spad nous sont parvenus. Nous essayerons d'en présenter quelques-uns sur ce site dans l'attente d'une hypothétique publication de l'ensemble de son oeuvre poétique.

Ville de futilité dans la journée. Le tout épicé avec de vieux journaux. Et humide. Et soudain, j'ai vu le Phoenix. Il semble avoir des effets négatifs sur les cheveux. Meringues. Un saut à la boulangerie du quartier et j'ai acheté l’importunité. Joie sarcastique de la dynamite. Non, idiot, il a refusé de goûter la douceur traîtresse. Cette combinaison de doux poison de la haine et de vengeance. Crieurs gesticulants comme ils se rassemblèrent autour de lui, puis de ses talents et de toutes les autres perceptions.

Poème sans titre écrit vers octobre 1924 (collection particulière)

La ponctuation intensément utilisée, jusqu'à briser la phrase, voire la faire disparaître totalement, invite à une scansion dans laquelle points et virgules font alterner accentuées et atones. L'ironie perce et d'imprévus désastres syntaxiques pointent. Si L'Homme chimérique est profondément marqué par le traumatisme de la Première Guerre Mondiale, la poésie spadienne exploite l'inadéquation entre la réalité et la doxa du temps pour mieux la dénoncer.

23:13 Publié dans Oeuvres littéraires 1. Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litterature, poésie, surréalisme |